À propos

   

De Jean-Luc Matha, on ne voit d'abord que ses mains. Des mains qui tiennent sans risque un magnum, comme si c'était un pays tout entier. Il ponctue avec elles des mots pleins de l'accent de sa terre : argilo-calcaire, lourde, celle du Rougier. Une histoire de quelque 250 millions d'années, de roches tendres, d'érosion, de creux... Dans celui de sa main, une terre rouge profond qui porte un cépage unique : le fer servadou. Dans le Vallon, celui de Marcillac en Aveyron, on dit plutôt mansois.

L'héritage

Jean-Luc Matha est de ceux grâce à qui le vignoble a obtenu le sésame pour la reconnaissance, l'AOC (appellation d'origine contrôlée). Il n'en tire aucune gloire. Il préfère raconter qu'il fut le promu à rester sur ces vignes, en un temps où ceux de son âge faisaient le choix de les quitter. Son parcours - encouragé, épaulé, soutenu par la constance,  la détermination et la solidité de son épouse, Françoise  - fut largement


porté par ceux qu'il rassemble dans un mot : les anciens. Parmi eux, son père et son conseil ("Tu as un beau métier à faire ici") mais aussi tous les autres, qui ont déposé en lui le don d'observation ("S'arrêter, comprendre, vivre le moment présent"). Ils lui ont confié la mission de dire ce vignoble différent, à lui de qui le verbe coule si aisément. Quand il parle d'eux, dont il est en quelque sorte l'envoyé, des frissons lui courent dans le dos : "Le vin, il vient aussi de cette histoire".

La démarche Bio

Un héritage, donc, qui aurait pu être un carcan s'il ne l'avait, au contraire, utilisé comme base solide pour faire évoluer le marcillac. Il a été le premier à érafler, pour donner toute l'expression du fruit, sans le côté herbacé, afin d'affiner le goût du vin.

Il fallait faire évoluer, mais pas trahir ce "vin d'homme, ce vin qui roule les r".On est loin des vins techno sans âme, des "vins à la carte" qui nient leurs origines, les levures indigènes, le travail du vigneron...

La démarche bio relève de cette volonté d'offrir un vin qui raconte sa culture, dans tous les sens du terme. Ainsi, le Domaine Matha a été officiellement estampillé Bio en 2016. Mais depuis bien longtemps il a compris que ses terres ne supportaient plus les agressions des produits de synthèse. Du cuivre, du soufre, du purin d'ortie, du "créateur d'humus"... et les soins de l'homme qui ne cesse de s'émerveiller des dons que consent ce territoire. Pentu, il est aménagé en terrasses de manière à ce que, "comme dans les arènes romaines, tout le monde soit au premier rang". Grâce à un climat plutôt sec, les traitements peuvent être réduits au minimum. Le label bio, se fut donc le fruit d'une évolution naturelle .


L'effet millésime

De quoi fournir un jus qui va surprendre, chaque année. C'est "l'effet millésime", favorisé par le travail des levures indigènes qui ont colonisé la cave. Beaucoup plus fragiles que les levures artificielles, elles ont besoin de temps pour s'exprimer tranquillement. Jean-Luc Matha le leur accorde, veillant sur elles jour... et nuit, réveillé parfois par une inquiétude que seule une visite à la cave peut lever..

Cette attention amoureuse crée un vin apprécié des "curieux", de ceux qui aiment être surpris et n'ont pas oublié que le vin est vivant, qu'il raconte une histoire.